
Les émanations toxiques de la décharge d’Hysacam à Douala empoisonnent les habitants. Depuis quelques semaines, l’incinération des ordures se fait en plein air, dans un site totalement incontrôlé, les habitants des quartiers environnants suffoquent et se sentent incapables d’agir. Plusieurs cas de détresse respiratoire déjà signalés.

Le sentiment d’être « écrasés »
En face de la décharge de Pk 10, les habitants ont l’air abattu. Les bras ballants, ils reprennent la même expression qu’ils répètent comme une ritournelle : « Ceux qui détiennent l’argent et le pouvoir sont plus forts que nous. » Idris, serveur dans un commerce.
« Nous n’avons pas dormi la nuit du dimanche 4 à lundi 5 février de peur que les flammes n’atteignent notre maison », raconte Thérèse, habitante de Japoma et dont la maison est perchée sur une colline surplombant la décharge sauvage. « Entre 23 heures et 5 heures du matin, les enfants ont suffoqué et j’ai essayé d’appeler mon mari en déplacement plusieurs fois, sans succès. Je me suis mise à pleurer et prier », ajoute-t-elle. Selon elle, l’incinération des déchets dans la décharge se déroule à la tombée de la nuit et chaque jour de la semaine. « Les responsables de la décharge déclenchent un feu vers 19 h», déplore-t-elle.
Son voisin Monsieur Éric : « Dans cette nuit de dimanche à lundi, le feu qu’on déclenche d’habitude aurait échappé au contrôle et a dégénéré en un véritable incendie. » Et M. Éric de poursuivre : « Des agents des forces de l’ordre viennent inspecter les lieux et s’en vont aussitôt, comme s’il s’agissait d’une promenade dans les bois. »
Selon lui, le crime environnemental que constitue la décharge de 10 est aujourd’hui double parce que l’incinération des déchets à l’air libre ne fait qu’aggraver le problème. « Bientôt, avec les pluies diluviennes qui s’abattront sur la ville de Douala, le crime sera encore aggravé par les déchets charriés par l’eau qui vont s’infiltrer dans les nappes phréatiques. Dans toute la zone, nous consommons exclusivement l’eau de forage », s’insurge-t-il.
Émanations toxiques dans l’air
Plusieurs experts et spécialisés dans la pollution de l’air, certifient que l’incinération des déchets à l’air libre, surtout à proximité des quartiers résidentiels, est d’une toxicité sans égale. En effet , selon eux , brûler des déchets est tellement toxique pour les êtres humains qu’il équivaut à du poison pur. La fumée qui se dégage de l’incinération des déchets, relèvent-ils encore, contient des métaux lourds qui aggravent la pollution de l’air.
Réaction de l’entreprise Hysacam
Face à ces dénonciations tout à azimut, la société Hysacam donne sa version des faits .
1) Hysacam est-elle consciente qu’elle viole la Loi-cadre relative à la gestion de l’environnement ( article 21) ?
Réponse : Premièrement Hysacam n’effectue pas d’incinération de déchets. Le feu présent sur le site est l’œuvre des épouses des riverains habitant le Camp Marié, à proximité de la décharge, qui ont décidé d’utiliser les zones de bas fonds dans le site de la décharge, pour effectuer des travaux champêtres. Ceci, malgré les nombreux assauts avec l’appui du Major délégué, par le génie militaire, en charge de contrôler les activités de la décharge pour les empêcher d’utiliser nos installations pour leur travaux.
2) La Cud et le MINDUH ont-ils validé cette pratique d’incinération sauvage qui est préjudiciable pour la santé des populations riveraines de la décharge de Pk10?
Réponse : Ces pratiques étant préjudiciables pour la réalisation de nos activités, nous avons entrepris dès le constat des flammes dans le périmètre de travail, d’effectuer des tranchées afin de circonscrire le feu dans une zone où il pourra être facilement maîtrisé ; seulement, tous les jours ces mêmes riverains revenaient à la charge en allumant de nouveaux foyers dans des zones différentes. Ce qui rend l’intervention assez difficile au vu de la propagation rapide des flammes, qui non seulement menacent nos installations mais aussi les installations du génie militaire. Le génie militaire qui est venu en appui, a par ailleurs mobilisé pendant 02 Jours, les sapeurs pompiers sur le site, qui n’ont rien pu faire face aux flammes et au vent qui les alimentent dès la fin de journée.
3) Pourquoi la société Hysacam a-t-elle abandonné la pratique d’enfouissement des ordures au profit de l’incinération ?
Réponse : L’enfouissement des ordures reste et demeure l’activité qui est réalisée sur le site de pk10 en conformité avec le marché signé avec la ville de Douala. Les feux sont pour nous un frein à la mise en œuvre de nos activités telles que planifiées et sont contraires à la volonté de l’entreprise de préserver l’environnement à travers son système de dépollution du site par le captage du biogaz.
4) Plusieurs experts interrogés sont unanimes « cette pollution n’affectera pas seulement la génération actuelle, mais aussi les générations futures puisque les matières toxiques inhalées par les femmes seront transmises à leurs enfants au cours de la grossesse ». Que répondez-vous à ces experts ?
Réponse : Le site abrite des installations assurant le captage du biogaz pour la réduction des émanations de gaz contenus dans les déchets. La décharge de Pk 10 accueille uniquement les déchets ménagers, les grandes fumées observées sont par conséquent causées par l’assèchement des déchets enfouis qui deviennent très inflammables. Les vents les propagent en soirée dans les quartiers environnants sans un réel risque de contamination, car ils sont peu toxiques.
@ADJI ADJI






