Par Christine BABANDA


Au Cameroun , les personnes de la communauté LGBTQI vivent une vie empêchée. Les tensions sur ces questions taboues sont de plus en plus fortes. Les organisations des droits humains enregistrent une hausse des discriminations
Le Cameroun poursuit des personnes en justice pour relations consenties entre personnes du même sexe avec plus d’ardeur que presque tout autre pays dans le monde, ont déclaré quatre organisations de défense des droits humains dans un rapport publié il ya 4 ans aujourd’hui. Ces organisations – Alternatives-Cameroun, l’Association pour la défense des Homosexuel-le-s (ADEFHO), l’association Cameroonian Foundation for AIDS (CAMFAIDS) et Human Rights Watch – ont constaté qu’en 2020, 28 personnes au moins ont fait l’objet de poursuites judiciaires pour relations homosexuelles au Cameroun. La plupart des affaires ont été marquées par de graves violations des droits humains, notamment des actes de torture, des aveux extorqués, le refus d’un accès à une assistance juridique, et un traitement discriminatoire de la part des agents des forces de l’ordre et des autorités judiciaires. Comme ce fut le cas pour la personnalité médiatique transgenre Shakiro, aujourd’hui exilée loin du Cameroun.
Au Cameroun, où l’homosexualité est réprimée, la fille du président a fait son coming out !
Le Cameroun reste un pays où l’homosexualité est sévèrement réprimée. Le Code pénal en son article 347 bis prévoit une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 200 000 francs CFA d’amende pour les rapports sexuels entre personnes de même sexe.
Cependant, Brenda Biya, fille du président de la République Paul Biya, a créé une onde de choc en révélant publiquement sa relation amoureuse avec une autre femme. Dimanche 30 juin, la jeune femme, âgée de 26 ans, a publié une photo sur son compte Instagram la montrant en train d’embrasser sa compagne, la mannequin brésilienne Layyons Valença. La publication est accompagnée de cette légende : “PS : je suis folle de toi et je veux que tout le monde le sache «
Le coming out de Brenda Biya a suscité un débat national et international. En dépit des risques personnels et sociaux, son acte représente une prise de position forte contre la répression des droits des homosexuels au Cameroun. Reste à voir si cette révélation influencera les politiques et les perceptions sociétales à long terme.
Il est temps de que les mentalités évoluent au Cameroun comme c’est le cas déjà dans plusieurs pays africains.
Si les pratiques homosexuelles restent fortement condamnées, tant sur le plan juridique que sociétal, en Afrique, certains pays ont assoupli leurs législations, ouvrant la voie à la dépénalisation et à la légalisation de l’homosexualité.
Dépénalisations en vague au XXIe siècle
Dernier pays à avoir dépénalisé l’homosexualité : le Botswana. En novembre 2021, à la suite d’une procédure en appel, ce pays d’Afrique australe a maintenu sa décision sur la décriminalisation. Celle-ci permet que les lois punissant les relations entre personnes de même sexe soient amendées, les qualifiant de « reliques de l’ère (britannique) victorienne » qui « oppressent une minorité ».
Avant lui, le Gabon (2020) et l’Angola (2019) ont assoupli leur législation vis-à-vis des droits des personnes LGBT. L’ancienne colonie portugaise a retiré de son Code pénal en janvier 2019 la clause « des vices contre-nature » , héritage de la période coloniale. Selon l’organisation Human Rights Watch, le gouvernement angolais avait « également interdit toute discrimination basée sur l’orientation sexuelle »
En juin 2015, le Mozambique – autre colonie portugaise – a cessé de faire de l’homosexualité un crime. Avant cette nouvelle législation, le Code pénal adopté en 1886 prévoyait des « mesures de sécurité » envers ceux qui s’engagent « habituellement dans des actes contre nature ». Ces mesures n’avaient toutefois jamais été appliquées après l’indépendance du pays en 1975.
Cinq autres pays ont légalisé l’homosexualité via la dépénalisation de celle-ci à la fin du XXe – début du XXIe siècle. Parmi eux : le Guinée-Bissau (1993), le Cap-Vert (2004), Lesotho et São Tomé-et-Principe (2012), l’archipel des Seychelles (2016).
Entre dépénalisation historique et rejet de l’homosexualité
Dans d’autres pays, majoritairement en Afrique centrale, l’homosexualité n’a simplement jamais fait l’objet de mesures pénales. C’est le cas du Burkina Faso qui n’a jamais pénalisé l’homosexualité depuis son accession à l’indépendance en 1960. L’hostilité envers les personnes gays et lesbiennes y reste toutefois importante. En août dernier, le Conseil supérieur de la communication (CSC) burkinabé a également adopté une décision interdisant la diffusion des chaînes de télévision faisant « la promotion de l’homosexualité ».
De même, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo (RDC) ou encore le Rwanda n’ont jamais adopté de politique ou de loi visant à criminaliser les communautés gays et lesbiennes de leurs pays. Cette absence de juridiction n’empêche pas la réalité d’un climat répressif envers les personnes appartenant à la communauté LGBT. Aucun des pays cités n’a adopté de loi visant à protéger les gays ou les lesbiennes d’actes hostiles et la reconnaissance légale des unions ne semble pas y être en discussion.
Seule l’Afrique du Sud, pionnière en la matière, a adopté une loi reconnaissant légalement les couples homosexuels et permettant l’adoption, en 2006.

