
ÉDITORIAL
Par Alphonse AYISSI ABENA
Directeur de Publication – La Voix du Consommateur
Ce qui se passe à Chococam n’est plus un simple rachat d’entreprise. C’est le démantèlement méthodique du pouvoir d’achat d’un travailleur camerounais.
Les faits sont têtus. Depuis avril 2025, la multinationale sud-africaine Tiger Brands a classé sa filiale camerounaise Chococam comme « non-core », donc à vendre. 50 milliards de FCFA, c’est le prix annoncé pour la cession au fonds Minkama Capital, prévue pour le second semestre 2026.
Mais comment se fait cette vente ? Dans l’opacité totale.
Nous avons lu le dossier de 6 pages que le Collectif des Délégués du Personnel a adressé le 27 juillet 2026 à la FAWU, la puissante centrale syndicale sud-africaine. C’est accablant.
Les faits : une casse sociale organisée
Le Directeur Général local aurait, dès le 9 avril 2025, annoncé qu’il ne paierait plus les droits de retraite supplémentaire en cas de démission ou licenciement, alors que chaque employé cotise pour cela depuis son embauche. C’est son contrat qui est piétiné.
Plus grave, les deux caisses autonomes qui font vivre le travailleur au quotidien ont été confisquées :
- La Caisse de Solidarité : En 2020, la direction y aurait puisé pour payer le départ anticipé de retraités, une dette patronale. Aujourd’hui, ce sont les ouvriers qui remboursent.
- La Mutuelle du Personnel : Jadis financée par la vente des déchets d’usine, elle assurait les prêts d’urgence et une partie de l’assurance maladie. Centralisée à Johannesburg sur ordre de Tiger Brands, elle est aujourd’hui exsangue.
- Les dotations en produits ne font que diminuer, et les démissions explosent. Le baromètre social TigerVoice est au rouge depuis des années.
Quand les délégués saisissent l’Inspection du Travail de Douala, conformément à l’article 158 du Code du Travail, la direction refuse le débat contradictoire. Quand ils écrivent à Johannesburg, leur courrier leur est renvoyé à Douala. Le dialogue est gelé.
Les craintes : employés et consommateurs, même combat
Que craignent les 400 travailleurs de Chococam ? Que leurs droits acquis soient liquidés comme perte et profit. Qu’aucun bonus de séparation ne soit payé avant le départ de Tiger Brands. Et que le repreneur ne garantisse rien.
Et le consommateur dans tout ça ? Une usine où le climat social est dégradé, où le personnel est en détresse, c’est une usine où la qualité, la sécurité alimentaire et la productivité vacillent. Défendre le travailleur de Chococam, c’est défendre le bonbon, le biscuit, le chocolat que nos enfants consomment.
Ce scénario, nous l’avons déjà vu chez d’autres multinationales au Cameroun : on vend les murs, on garde les profits, on laisse l’ardoise sociale à l’État.
Le rôle de l’État : protéger
L’article 158 du Code du Travail est clair : en cas de conflit collectif, l’Inspecteur doit concilier. Le Ministère du Travail et de la Sécurité Sociale (MINTSS), saisi depuis février 2026, doit taper du poing sur la table. On ne peut pas vendre une entreprise de 50 milliards en laissant 400 familles sur le carreau.
L’État doit exiger le préalable social cher au droit camerounais : aucun transfert effectif sans procès-verbal de négociation et sans garantie écrite des avantages acquis, validée par la maison-mère.
Nos recommandations
Aux employés : Restez unis, dans le cadre légal. Votre demande d’un bonus de séparation et d’un audit transparent des caisses sociales est légitime. La solidarité syndicale internationale avec la FAWU est votre force.
Aux pouvoirs publics : 1. Geler le processus de cession tant que le droit de communication des délégués n’est pas respecté. 2. Ordonner l’ouverture immédiate de la commission mixte promise en mai 2026. 3. Faire de Chococam un cas d’école pour toutes les cessions à venir.
Car si on ne protège pas le pouvoir d’achat du travailleur de Chococam aujourd’hui, demain ce sera celui de chaque travailleur camerounais face à une multinationale.
La Voix du Consommateur ne se taira pas.







